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Certains des textes d'appels aux colloques |
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Pour le tribunal international sur les crimes dans l'ex-Yougoslavie (1994)
Voilà plus de deux années que des crimes révoltants sont
perpétrés en Croatie et en Bosnie. Les assaillants nationalistes serbes dont l'objectif
avoué est de chasser les autres communautés des territoires qu'ils ont conquis,
d'effacer jusqu'aux traces de leur ancienne présence, portent une responsabilité
particulière aussi bien par le nombre et la cruauté de leurs méfaits, que par leur
caractère d'agression systématique, de politique de la terreur contre des populations
entières. Cette appréciation partagée par tous ceux qui ont eu l'opiniàtreté, pour se
faire une opinion, de tirer quelques fils dans l'écheveau des affabulations, des effets
d'annonces, des informations contradictoires, des témoignages et des enquêtes, n'est que
superficiellement admise dans l'opinion publique française. Pour beaucoup, il n'y a dans
les Balkans qu'un affrontement entre tribus, les victimes valent les bourreaux, elles
bénéficient seulement de la sympathie due aux plus faibles.
Comme le fit il y a presque 50 ans le Tribunal de Nuremberg,
il convient d'évaluer les crimes, leur degré de spontanéité, de préméditation ou de
programmation; il convient d'en cerner au mieux les vrais responsables avec toute la
rigueur et la sérénité qui sont, en principe, des exigences du droit. A l'issue de la
seconde guerre mondiale, la dénonciation des crimes nazis permit à l'Allemagne de
reprendre sa place dans la communauté des nations. Un jugement, bien compris de tous, est
le seul espoir de limiter les pulsions de vengeance entre les communautés, de revanche
entre les nations de l'Ex-Yougoslavie, et d'engager, un jour, entre elles et avec le monde
démocratique un dialogue sans réticence. En recherchant sans concession les
coupables, la justice internationale offre la possibilité à la nation serbe dans son
entier de se voir disculper de J'accusation générale et indifférenciée de sauvagerie
et de cruauté. Les forces nationalistes les plus brutales, à Paie et à Belgrade,
attendent les bénéfices exorbitants de leurs conquêtes militaires que la logique
diplomatique, dans l'impatience d'une "normalisation" en Bosnie, est prête à
leur accorder contre la promesse d'un simple cessez- le-feu.
Dans le même temps, des groupes de démocrates serbes
aujourd'hui très minoritaires, affaiblis de n'avoir pas cédé à la démagogie
nationaliste, à l'euphorie de nouvelles conquêtes, auraient besoin de la reconnaissance
internationale et de la considération qu'ils méritent. Un tribunal indifférent aux
rapports de force militaires, aux urgences diplomatiques, aux situations de pouvoir
remettrait chacun à sa place, dans le jugement des opinions d'abord, dans celui des
acteurs de la scène internationale ensuite.
Au mois de mai 1993, l'ONU a institué un tribunal sur les
crimes en ex-Yougoslavie. Il dispose de peu de moyens; il ne peut enquêter sur les lieux
exacts des crimes; il peut être dissout à tout moment; il est méconnu des citoyens
européens quant aux principes juridiques et aux objectifs qui le fondent.
Est-il-un bon instrument pour dire ce qu'il en est dans
l'ex-Yougoslavie, pour dénoncer ce qui jamais n'aurait dû être ? Qu'en attendent les
victimes et les démocrates ? Au-delà n'est-il pas un avertissement à tous ceux en
Europe, à ses marges, en Afrique et ailleurs, à qui l'usage d'un odieux cocktail de
cynisme, de propagande raciste et de violence débridée semble promettre conquêtes et
pouvoir sans partage ?
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Pour la mise en accusation du président Milosévic devant le tribunal pénal international (1996)
Pendant deux mois, les Belgradois ont dénoncé en Milosevic
la survivance d'un régime fondé sur la manipulation politique, utilisant dissimulation
de l'information et mensonge pour conserver le pouvoir.
Ils ont ainsi rejoint les rares responsables politiques qui
ont vécu, sur place il y a six ans, l'effondrement de l'ex-Yougoslavie et ont alors
mesuré, puis tenté de dénoncer, la responsabilité de Milosevic dans le déchaînement
implacable de la haine et de la violence qui a ravagé une partie de la Croatie puis la
Bosnie toute entière.
Les manifestants de Belgrade s'ajoutent aux citoyens d'Europe
qui, d'abord isolés puis rejoints par le plus grand nombre, ont dénoncé et tenté
d'enrayer ce qui devenait l'acte de barbarie le plus abject que l'Europe ait vécu depuis
la deuxième guerre mondiale: une purification ethnique menée méthodiquement dès les
premières heures de combats sur les sols croates et bosniaques.
La communauté des Nations a finalement constitué un
Tribunal Pénal International, qui, loin d'être un tribunal-alibi, fonctionne avec
efficacité grâce à des magistrats et des enquêteurs qui font oeuvre de justice pour
les victimes et oeuvre de vérité pour l'Histoire.
La chaîne des responsabilités dans les massacres est
progressivement mise à jour, comme en témoignent les mises en accusation pour crimes de
guerre et crimes contre l'humanité de Ratko Mladic et Radovan Karadzic, respectivement
chef d'état-major de l'armée et ancien président de la Republica Serpska autoproclamée
en Bosnie orientale. Ratko Mladic est resté membre de l'armée yougoslave, dont le
commandement est à Belgrade. Ce fait n'est pas anecdotique.
Nous, qui avons enquêté, informé et dénoncé la méthode
suivie pour éliminer les non-serbes de régions destinées à constituer une "Grande
Serbie", avons recueilli de nombreux indices qui mènent tous a Belgrade et qui
désignent Milosevic comme le probable ordonnateur des crimes commis au cours de la
purification ethnique.
Nous savons la difficulté de rendre la justice, là où des
intérêts politiques et stratégiques sont en cause. La réaction du peuple de Belgrade
devrait permettre d'étudier plus sereinement le véritable rôle de Milosevic ces
dernières années. Nous espérons que le TPI aura toute liberté pour mettre à
l'épreuve la fiabilité des informations désignant Milosevic comme le premier
responsable des crimes commis en Croatie et en Bosnie. Nous, citoyens d'Europe, conscients
que le TPI incarne une réponse digne face à la barbarie souhaitons assurer les
magistrats du TPI de notre soutien. Leur action par delà des contingences politiques est
plus que jamais nécessaire.
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Citoyen ou raçiste, il faut choisir (1996)
Avec environ 15% d'intentions de votes exprimées avec
constance depuis une dizaine d'années, la France est, de tous les pays d'Europe
occidentale, le seul dont l'extrême-droite soit électoralement significative.
Ni la crise économique, ni la présence de populations
immigrées sur le sol national ne suffisent à expliquer la vitalité de ce courant
politique : les autres pays d'Europe sont en effet confrontés à des situations
similaires sans présence électorale significative de l'extrême-droite. En dépit de
cette évidence, le caractère spécifiquement français du phénomène est gommé par une
vulgate économiste qui prétend le réduire à la montée d'un fascisme social
"anti- immigrés, croissant à proportion du chômage. N'a-t-on pas dit que
l'électorat populaire du FN était en partie prélevé sur l'ancien électorat communiste
? Cette interprétation garantissait en quelque sorte la possibilité politique
d'éliminer à moyen terme ce courant électoral, le jour où des mesures sociales
appropriées seraient enfin mises en oeuvre.
Dans le même temps, la petite musique entêtante du racisme,
de l'antisémitisme, du révisionnisme historique, de la dénonciation de fetablishment
politique, des journalistes et des intellectuels s'était bencitement installée dans
l'actualité quotidienne, à coups de calembours et de menaces voilées.
Bien sûr, le chômage, l'aggravation des inégalités
sociales, l'exaltation de l'individualisme le plus forcené, le refus de tout droit
civique à ceux qui depuis des dizaines d'années travaillent, cotisent, s'éduquent,
vivent et habitent parmi nous, ne sont pas des spécialités françaises. Encore qu'on
peut s'interroger sur le fait qu'elles sont toutes en opposition à la conception du sujet
politique et aux valeurs symboliques incarnées par la tradition républicaine.
Toutes choses étant par ailleurs égales, le choc n'en
pouvait être que plus violent en France, d'autant que notre histoire n'est pas seulement
la voie ouverte par 1789 mais qu'elle est aussi celle d'un demi siècle de non dit qui, à
force de refoulement, ramène ses flatulences au premier plan. Depuis la défaite des
puissances de l'axe, notre pays n'a pas eu à faire son examen de conscience nationale
comme ont dû le faire Allemands et Italiens, et avec moins de succès les Japonais.
Notre conscience nationale reste infantile. Silencieuse
devant les survivants de la honte pendant des décennies, elle est désarmée et prête à
succomber devant les affirmations de la droite extrême qui nous susurre que le pays réel
n'était pas dans les maquis ou à Londres mais dans les préfectures et sous-préfectures
de "l'Etat français", que ce pays n'avait pas tort, qu'il a eu du chagrin et
qu'il mérite la pitié. Alors que rien ne permet de croire qu'un hypothétique recul du
chômage réglerait le problème, on ne peut au contraire exclure qu'à la faveur
d'échéances électorales nous entrions dans une période sombre de l'histoire de France.
Il nous faut donc chacun réinvestir la scène politique et,
par de nouvelles solidarités, une fois encore empêcher que des préjugés criminels
aient le statut d'opinion respectable. Ressaisissons nous. Ce qui ne demande aujourd'hui
qu'un minimum de courage serait demain plus difficile si nous laissions s'implanter des
réseaux corporatistes FN dans les quartiers, les entreprises, les administrations et les
universités qui renforceraient ensuite leur influence par des manoeuvres d'intimidation.
Racistes ou citoyens il faut choisir.
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Algérie 88-98 : Par delà la terreur (1998)
Les événements
d’Algérie, nous laissent sans voix tant ils sont cruels, mais aussi parce que la
mauvaise information sur les meurtres et les massacres nous empêchent de connaître et de
dénoncer précisément les coupables. La presse algérienne est censurée. Les
déplacements et les rencontres des observateurs (ONG, parlementaires européens) et des
journalistes locaux ou étrangers sont contrôlés. Ils sont empêchés d’enquêter
aussi bien sur les crimes terroristes que sur les violations des droits de l’homme
par la police et l’armée, à l’encontre des islamistes comme des opposants au
régime. Faute d’une information diverse, crédible, la confusion est à son comble.
Le drame algérien résulte-t-il d’abord de la montée d’un intégrisme
idéologique ? L’islamisme profite-t-il seulement des difficultés économiques,
ou tout autant de l’épuisement du régime, de à la corruption, de
l’effondrement du système socialiste ? Le terrorisme est-il le fait de
quelques groupes fanatisés, désespérés, bientôt marginalisés, ou est-il manipulé,
soutenu par des forces plus puissantes (FIS, clans gouvernementaux...) ? Pourquoi des
démocrates algériens, mieux informés que nous, s’opposent-ils sur
l’appréciation des responsabilités des islamistes et du gouvernement ?
Rien ne prédestine l’Algérie à la barbarie
et au désespoir. Ce pays dispose d’un état bien organisé, d’un système
éducatif capable de former des médecins, des techniciens, des juristes, hommes ou
femmes ; on y publie une presse nombreuse. Comment alors expliquer cette folie
meurtrière dont la population algérienne est victime depuis de longues années ? La
responsabilité exclusive de fanatiques islamistes fous furieux frappant leur propre
population laisserait encore subsister la question de leur apparition organisée et de
leur liberté d’action en Algérie, à cet instant.
Le système d’économie socialiste instauré
dans l’espoir d’un développement rapide et d’une assistance du bloc
soviétique a échoué, là comme ailleurs. Le développement d’une industrie lourde
ou d’exportation s’est avéré une chimère hors du domaine des
hydrocarbures ; l’agriculture, négligée, n’assure plus que 15% des
besoins alimentaires ; le taux de chômage atteint 25%, il est plus massif encore
pour la jeunesse des villes ; la pauvreté frappe le plus grand nombre tandis que la
sphère du pouvoir prospère des richesses du pétrole et des monopoles commerciaux. Par
démagogie, pour endormir le mécontentement social, pour s’assurer la bienveillance
des religieux et des notables, le FLN a toujours flatté le nationalisme arabe et
algérien, l’islam, l’organisation sociale traditionnelle. Au mépris des
modernistes et du mouvement d ‘émancipation des femmes, le code de la famille
instauré en 1984 par le FLN fait à l’islam le plus rétrograde, la concession de
régir les rapports familiaux et les droits des femmes. En octobre 1988, devant la montée
du mouvement social et étudiant dirigé contre la corruption et les profits des maîtres
du pays, le pouvoir algérien a montré son terrible visage en recourant à une
répression féroce, et même à la torture (qui n’a pas cessé d’être
utilisée depuis). Dans le prolongement de ce mouvement, les élections de 1991 ont suivi
une campagne électorale et un débat politique animé comme jamais grâce à une totale
liberté d’association, de parole, et à l’apparition d’une presse
indépendante. Hélas, c’est le FIS avec la charia comme programme, et non les
démocrates, qui gagnèrent ces élections.
On sait la suite : le coup d’état
militaire et l’annulation des élections, les lois d’exceptions, la répression
contre le FIS. Pour autant le terrorisme islamiste (et pas lui seulement) assassine des
personnalités laïques dans les villes et se déchaîne contre la population modeste des
villages. Des massacres odieux répondent à chaque déclaration du gouvernement affirmant
l’éradication imminente du terrorisme. Les élections, finalement organisées en
1997, n’ont profité ni aux mouvements islamistes interdits, ni aux partis
démocratiques mais, grâce aux crimes terroristes, les seuls vainqueurs sont le
président Zeroual et les militaires, c’est-à-dire ceux-là même que la
revendication de démocratie combattait en premier lieu. A ce jour, tandis que les
massacres continuent, les forces démocratiques sont affaiblies, partagés entre les
éradicateurs d’une part, axés sur la lutte contre le terrorisme et le FIS, en
collaboration avec le pouvoir, et d’autre part les partisans d’une entente,
contre le pouvoir, entre tous les partis, y compris le FIS, prêts à dénoncer le
terrorisme. Quelques formules qui résument cette terrible période : des hommes de
pouvoir inamovibles (sauf lorsqu’ils s’entre-tuent), accrochés bec et ongles à
leurs privilèges, un poids exorbitant de l’islam, un terrorisme ô combien criminel
mais encore mal cerné, une démocratisation à peine entamée.
Nous autres Français n’avons pas de leçon à
donner, ni de solutions à proposer mais nous avons bien des raisons de nous sentir
concernés, outre le souci premier que cessent les massacres. La présence de nombreux
Algériens en France, les Français originaires d’Algérie qui ont de la famille en
Algérie, l’importance de l’islam en France, le niveau des échanges
économiques, politiques et culturels avec l’Algérie, impliquent la France dans la
politique algérienne, et donc engagent notre responsabilité de citoyens français.
Enfin, la situation algérienne n’est pas entièrement singulière : régime
militarisé de parti unique, aspiration à la démocratie et poussée islamiste, richesse
pétrolière et pauvreté des populations, dessinent un type plus large, et qui concerne
toute une aire géopolitique étendue de l’Afrique à l’Asie, au sud et à
l’est de l’Europe, et tellement proche.
Nous pouvons dire au gouvernement algérien
qu’il est redevable de la sécurité de sa population, nous pouvons mesurer et
dénoncer toutes les cruautés sans en choisir aucune, nous pouvons affirmer que
l’information par la liberté de la presse, par la libre circulation de tous (ONG,
journalistes étrangers...), par l’exercice de la justice, par des commissions
d’enquêtes, ne desservent jamais que les criminels. Si nos possibilités
d’action sont limitées au moins pouvons nous proposer un cadre de réflexion serein,
ouvert, à l’écart des angoisses, des oppositions exacerbées, des enjeux immédiats
en Algérie. Nous nous proposons donc de réunir le 22 juin 1998, à Paris, au Théâtre
de la Colline, des démocrates algériens et européens, également soucieux de confronter
leurs connaissances, leurs attentes, dans le seul but d’une réflexion partagée et
d’une entraide mutuelle.
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Les OGMS sont-ils de droite ? (2001)
Les OGM
cristallisent toutes les contestations : contestation de l’industrie
agro-alimentaire qui soucieuse seulement du profit, par des pratiques de
nutrition du bétail « contre-nature » est déjà à l’origine de la crise de la
vache folle - contestation de la mondialisation et des multi-nationales qui
imposent leur mode de production, culture intensive au nord et mono-culture au
sud, qui étranglent les paysans et les peuples, et qui veulent s’approprier le
vivant par des brevets et des semences stériles qu’elles sont, seules, capables
de produire - contestation du marché, indifférent à l’écologie, à la santé
publique et à la vie des gens - contestation de l’Amérique prospère et
démocratique mais insensible au bien-être et à la liberté des autres quand ses
intérêts sont en jeu - contestation des organes de contrôle et de la sphère
politique accusées de masquer les risques des techniques nouvelles et leurs
effets au nom d’intérêts économiques à courte vue - contestation des
scientifiques qui, par goût de la compétition, du jeu, ou par intérêt, sont
suspectés de complaisance pour les applications de leur
recherche.
Toutes ces critiques sont à prendre en
compte. Sous leur feu croisé, faut-il encore s’interroger ? Après le drame des
hémophiles, les pollutions d’origine agricole, la maladie de la vache folle,
pourquoi ne pas s’associer sans plus de questions à la réprobation des «
manipulations génétiques », plus récent avatar, et pas le moindre, du « progrès
biologique et technique ». A ce point, au moment des plus grands dangers, unis
sous la même menace, les citoyens sont appelés à reprendre le contrôle de leur
alimentation, de leur santé, de leur vie , à refuser la spirale de la mort
capitaliste. Contre un marché indifférent aux hommes et aux civilisations,
contre un progrès dévastateur, retrouvons les vraies valeurs de la convivialité,
de la solidarité, du bien vivre.
Certes, mais quelques notes dans cette
musique dérangent et grincent. Les dernières famines en France datent du milieu
du 19ème siècle, elles frappent encore l’Afrique et l’Asie. Les poly-cultures
traditionnelles sauront-elles éviter les famines partout dans le monde sans le
recours à des techniques nouvelles ? Le progrès social ne s’appuie-t-il pas
encore sur la croissance et les gains de productivité ? Les guerres incessantes,
les oppressions sont-elles toutes, et seulement, le fait du néo-capitalisme ?
Les organisations internationales, malgré le rôle prépondérant des Etats-Unis,
ne sont-elles pas aussi des instruments de concertation en faveur de la
résolution des conflits et des problèmes communs, qui dépassent les intérêts
nationaux et les nationalismes ? Les tri-thérapies (le vaccin contre le sida
demain) ne doivent-elles rien à la recherche scientifique et technique ? Il y a
dans ces appels pour le mieux-vivre, contre les risques techniques, et contre
tous les risques comme une illusion de résoudre par le retour à une convivialité
perdue les difficultés immenses de l’humanité. Le niveau de développement, la
démocratie et la paix en Occident permettent peut-être d’envisager une
confortable pause dans le rythme de la compétition qu’imposent les marchés. Avec
une politique protectionniste, plus de solidarité, on vivrait mieux avec moins,
et en prime le pouvoir républicain et citoyen serait revitalisé dans notre pays.
Oui mais si cette solution n’est pas universelle, elle n’est qu’une façon de se
protéger des malheurs et des risques du monde. Risque zéro ici, indifférence au
risque ailleurs.
Les risques pour nos personnes, mêmes
incertains, singulièrement ceux de la transgénèse, mobilisent plus que les
drames concrets et actuels ; plus même que le chômage et la misère. Alors que
l’étendue de l’épidémie de la maladie de Creutzfeldt-Jakob est encore inconnue
et que le risque de contamination maximum est derrière nous, alors que les
dangers des OGM sont discutés âprement, l’opinion s’en émeut davantage que de
l’épuration ethnique en ex-Yougoslavie, la guerre en Tchétchénie, au Soudan, le
génocide au Rwanda, ou l’épidémie de sida en Afrique. Qui s’intéresse à l’Europe
? Pourtant les dangers d’une montée des nationalismes ne sont pas écartés et
l’Union Européenne imparfaite et tant décriée reste la seule tentative crédible
de dépasser radicalement les conflits d’intérêts nationaux. La dynamique du
mouvement contre les « manipulations génétiques » nous surprend parce que notre
vision de la citoyenneté nous porte plus vers l’Europe que vers la critique de
la mondialisation et du progrès technique. Profitant du répit que nous laisse
l’interdiction de fait des OGM, nous voulons réfléchir sereinement aux risques
qu’ils représentent, ainsi qu’aux moyens et difficultés du contrôle politique,
économique et sanitaire de leur utilisation. Histoire de s’assurer que les OGM
sont bien de droite.
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Nos attentes d'Europe (2006)
Pour une relance de l'Europe politique (ICE et Cause Commune)
Les débats autour de la ratification
du Traité constitutionnel l’ont bien montré : il est plus difficile que jamais
de parler d’Europe. Trop technocratique, trop libérale, pas assez sociale, trop
diverse, trop loin du citoyen, pas assez démocratique, pas assez généreuse : le
jugement est souvent sans appel. Sans doute peut-on, ici et là, entretenir
l’illusion d’une Europe qui, bon an mal an, reste en état de fonctionnement,
mais nous voyons bien, que le projet politique européen est en panne. La
poursuite de la ratification, l’élargissement, le vote à la majorité, la
constitution, tous ces enjeux dont aucune force politique n’ose se saisir, sont
comme suspendus à l’attente d’une solution miracle. L’enthousiasme, l’allant,
l’imagination, la confiance n’y sont plus. C’est cela qui nous
préoccupe.
Pour sortir de l’impasse, il faut
peut-être redire des choses très simples. Rappeler d’abord que l’intégration
européenne est un projet unique dans l’histoire politique de notre continent, A
travers des crises, d’âpres débats et bien des incertitudes, l’invention d’une
Europe politique n’a cessé de progresser selon un procédé pacifique de
concertation entre européens égaux. C’est du « jamais vu » dans l’Histoire. Se
dire ensuite, que ce qui importe, c’est le projet européen en tant que tel, et
non ses tours et détours, ses soucis de santé ou ses atermoiements. Parier
enfin, que le désir d’Europe existe toujours et imaginer qu’il est là, plus
vivace qu’on ne le croit.
Alors comment faire? Commençons, au
cours d’une journée de rencontre sur le projet d’Europe, par proposer des pistes
à débattre et discuter. Trois directions autour desquelles organiser la
rencontre devraient nous aider à avancer.
Tout d’abord, constatons que, vue de
l’extérieur, l’Europe attire encore. Alors nous chercherons à entendre cette
Europe rêvée par les autres.
Ensuite, que ceux qui au sein de
l’Europe sont encore les porteurs d’une idée européenne nous aident à
partager cette Europe rêvée par elle-même.
Enfin, même si beaucoup
pensent que la France s’est montrée peu encline à exprimer son désir d’Europe,
il faut renouer les fils de son ancrage européen. Aussi souhaitons-nous en une
troisième partie, conjuguer aux deux premières les attentes d’Europe en
France, qu’elles émanent des partisans du OUI ou du NON au referendum de mai
2005.
Les idées
pour se remobiliser ne manquent pas. C’est une parole qui fasse largement
sens et qui soit audible dans toute l’Europe qui manque aux Européens. C’est à
la retrouver que nous voulons nous attacher.
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